Titre original : Jaws

À quelques jours du début de la saison estivale, les habitants de la petite station balnéaire d'Amity sont en émoi face à la découverte du corps atrocement mutilé d'une jeune vacancière. Pour Martin Brody, le chef de la police, il ne fait aucun doute que la jeune fille a été victime d'un requin. Il décide alors d'interdire l'accès des plages mais se heurte à l'hostilité du maire.


Après les crabes et les requins en CGI, et si on s'attaquait pour l'été à la saga qui est à l'origine de la peur des océans pour la plupart d'entre nous ? En 1975, le jeune Steven Spielberg s'attaquait à un mythe avec un budget réduit et un requin mécanique qui, quand il était plongé dans l'eau, fonctionnait mal. Mais ce n'est pas grave parce que, selon les dires du producteur Richard Zanuk, quand celui-ci a proposé à Spielberg d'adapter à l'écran ce roman de Peter Benchley, Spielberg a accepté à une seule condition : qu'on ne voit pas le requin pendant au moins la première heure du film. En gardant son monstre hors champ, Spielberg reprend une stratégie souvent employée par Alfred Hitchcock. Le requin reste caché pendant la première moitié du film, la vue subjective est même parfois utilisée pour mettre le spectateur à la place du requin. Et dans la seconde moitié du film, on ne le voit encore que très peu. Nous sommes plutôt témoins du résultat de ses actions.

Le film se déroule aux alentours du weekend du 4 juillet, fête nationale américaine, sur l'île d'Amity, qui est une station balnéaire vivant de l'argent qu'y dépensent les touristes en été. La présence du requin est établie dès la séquence d'introduction du film où une jeune femme prend un bain de minuit et est gobée par la bestiole. Tout laisse penser à la présence d'un requin, mais le maire Vaughn (Murray Hamilton) ne veut pas faire fuir les touristes et ordonne à Brody (Roy Scheider), le chef de la police, de garder les plages ouvertes. Le maire campe sur ses positions et encourage les gens à aller se baigner. Le résultat est prévisible.

Après qu'un petit garçon ait été dévoré, le maire réunit un conseil pour trouver un moyen de se débarrasser de la menace. Brody feuillette un livre sur les requins, permettant ainsi à Spielberg d'établir visuellement la menace pour le spectateur, alors que l'on voit défiler des pages et des pages de mâchoires de requins et de blessures de survivants d'attaques. L'une des photos montre même, subtilement, la fin du film. On y voit un requin mordre la bouteille d'oxygène d'un plongeur — peut-être est-ce grâce à ça que Brody aura sa brillante idée pour tuer la bête. Le troisième personnage clé de l'histoire est Hooper (Richard Dreyfuss), un océanologue qui intervient en tant que consultant. Il est essentiel au film car c'est lui qui donne toutes les informations dramatiques, qui explique ce qu'est le requin et ce dont il est capable.

Spielberg redouble d'ingéniosité visuelle pour suggérer le requin. Durant une scène, deux hommes sont sur un ponton en bois et veulent capturer le monstre. Ils lancent un appât à l'eau et l'attachent au ponton. Le requin va tout simplement arracher une partie du ponton en tirant sur l'appât, faisant tomber un pêcheur à l'eau et emportant le ponton avec lui au large. Mais soudain, le ponton qui flottait fait demi-tour et repart en direction du pêcheur tombé à l'eau. Les objets flottants sont utilisés tout au long du film pour suggérer la présence du requin. À un tel point qu'au bout d'un moment, on ne cherche plus le requin, mais ces objets. On sait que le requin est là, sans avoir besoin de le voir.

L'une des scènes les plus célèbres du film, souvent copiée, se déroule la nuit sur le bateau du chasseur de requin, Quint (Robert Shaw), où celui-ci et Hooper comparent leurs cicatrices. Puis Quint se lance dans un monologue, racontant l'aventure qu'il a vécue durant la Seconde Guerre mondiale, alors que son navire avait été torpillé par un sous-marin japonais : les 1 100 hommes que comptait le navire passèrent par dessus bord, et les requins en firent leur festin ; à l'arrivée des secours, au bout de six heures, seuls 316 hommes n'avaient pas été dévorés. Six heures durant lesquelles les requins leur tournèrent autour. On comprend alors mieux la haine viscérale de Quint pour l'animal et la raison qui l'a poussé à devenir chasseur de requins.

Ce premier gros succès de Spielberg contient des éléments qu'il répétera de nombreuses fois dans ses films suivants. Il continuera de consacrer une grande attention aux personnages, sans jamais mettre en vedette les effets spéciaux, contrairement à de nombreux réalisateurs des années 90. Il favorisera toujours l'ambiance plutôt que les émotions. Et on n'a pas parlé de la musique, signée John Williams, qui est encore mythique à ce jour. Le thème principal du film est toujours utilisé aujourd'hui lorsqu'on parodie l'arrivée d'un monstre. Cette alternance de deux simples notes fait toujours naître la peur.

Points positifs

  • Une narration et une réalisation parfaites
  • De très bonnes idées pour suggérer le requin
  • On ne s'ennuie pas une minute

Points négatifs

  • Ce film a traumatisé de nombreux baigneurs (dont moi)

Les dents de la mer est devenu à sa sortie le plus gros succès de l'été 1975. Il faut savoir qu'avant sa sortie, les studios hollywoodiens évitaient la période estivale et ne sortaient aucun film entre juin et septembre. Ce n'est qu'après l'énorme succès des Dents de la mer que cela a changé et que tous les studios se sont mis à vouloir avoir leur propre blockbuster de l'été. Spielberg n'a pas créé qu'un film mythique, il est aussi à l'origine involontaire de la période durant laquelle sortent les plus gros films.

La note de Critique Universe :

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