Titre original : Call me by your name
Titre québécois : Appelle-moi par ton nom

2017 - USA - 2h12 - Drame / LGBT+
Vu en Blu-Ray

Été 1983. Elio Perlman, 17 ans, passe ses vacances dans la villa du 17e siècle que possède sa famille en Italie, à jouer de la musique classique, à lire et à flirter avec son amie Marzia. Son père, éminent professeur, et sa mère, traductrice, lui ont donné une excellente éducation. Un jour, Oliver, un séduisant Américain, vient travailler auprès du père d'Elio. Elio et Oliver vont bientôt découvrir l'éveil du désir.


C'est en 2007 que Sony achète les droits d'adaptation du roman Plus tard ou jamais d'André Aciman (réédité depuis la sortie du film sous le titre Appelle-moi par ton nom). Et il aura fallu dix ans pour que le réalisateur Luca Guadagnino parvienne enfin à sortir ce film (neuf ans pour écrire le scénario définitif, et un an de tournage). D'autant que le réalisateur avait des impératifs : il désirait absolument tourner le film en décor réel, en Italie, et en plein été. Ce qui ne laissait que peu de temps pour le tournage.

Elio (Timothee Chalamet), 17 ans, passe un nouve été en Italie avec ses parents, une tradition annuelle. Son père (Michael Stuhlbarg) est un estimé professeur de culture greco-romaine et sa mère (Amira Casar) est traductrice, mais aussi une admirable hôtesse. Elio a le corps frêle d'un adolescent, mais l'esprit vif d'un adulte qui a soif de connaissances. Sous la bravoure se cache néanmoins un enfant maladroit qui surgit parfois. Et à la fin de l'été, cet enfant aura définitivement disparu. Un étudiant américain nommé Oliver (Armie Hammer) vient étudier pendant l'été avec le père d'Elio. Oliver est tout ce qu'Elio n'est pas. Grand, musclé, confiant, c'est l'archétype de l'étudiant sportif américain. Oliver est un mystère qu'Elio souhaite explorer.

Il y a beaucoup de choses qui séparent Elio et Oliver : la différence d'âge, leur passé, et le mode de vie difficile des années 80 en Italie. Et bien que les parents d'Elio soient très libéraux, Oliver vient d'une famille plus conservatrice et il est évident que sa façon d'agir est un moyen de se détacher de ceux qui veulent interagir avec lui. Mais alors que sa relation avec Elio devient plus intense, sa carapace se brise pour révéler un homme qui veut juste être lui-même. De multiples visages que Hammer parvient parfaitement à interpréter. Chalamet et Hammer ont l'air de bien s'entendre, et ce même si leurs personnages au départ se testent, cherchent constamment à savoir ce que l'autre pense. Ils flirtent et bien avant leur premier contact physique, la tension sexuelle dans chacune de leurs discussions anodines est palpable. On les sent aussi nerveux qu'à un tout premier rencard.

L'histoire délicate, écrite par James Ivory, révèle magnifiquement et en détails les personnages du roman et leur dynamique en perpétuelle évolution. Pas étonnant que ce film ait gagné, en 2018, l'Oscar du meilleur scénario adapté. Quand Elio et Oliver osent enfin se révéler leurs sentiments, à la moitié du film, l'instant vous fait retenir votre respiration et les émotions ont l'air complètement authentiques. La prestation de Chalamet est sublime de complexité et l'on est impressionné par son aisance à passer de l'anglais, à l'italien, puis au français, et cela parfois dans la même phrase, selon son interlocuteur. On sait qu'il parle parfaitement le français, mais réussir à passer d'une langue à l'autre (et ajouter l'italien) dans une même phrase, même pour quelqu'un qui parle depuis sa naissance ces langues, c'est compliqué.

Mais la partie la plus vibrante du film n'est pas la romance en elle-même, mais la sensation que celle-ci ne peut pas durer. Oliver n'est là que pour l'été, on le sait dès le départ. Un sentiment de mélancolie envahit chaque plan et chaque silence. On est même surpris que la scène de la pêche soit restée telle que décrite dans le livre. Elle fonctionne vraiment et donne un parfait exemple de la façon dont un réalisateur peut manipuler nos sens. Le film touche à nos plus profonds désirs ; celui d'être touché, d'être pris dans les bras, d'être compris, d'être aimé. Et également ce que l'on ressent quand ces désirs nous sont enlevés. Stuhlbarg nous offre également une prestation grandiose dans le dernier acte du film, quand il parle à cœur ouvert à son fils et lui dit des choses que tout ado qui découvre sa sexualité aimerait entendre, un discours qui le fait passer pour un héros.

Contrairement à d'autres films du genre, il n'y a pas de grand obstacle à surmonter pour Elio et Oliver afin d'être ensemble. Le film parle surtout de la découverte de l'autre. Les deux dernières scènes du film, incluant le fameux discours du père d'Elio et un plan fixe de quasiment sept minutes sur le visage d'Elio, dont on a presque pas envie qu'il se termine, sont probablement les scènes les plus fortes du film.

Points positifs

  • Une romance réaliste
  • Timothée Chalamet offre une superbe prestation
  • Un film qui fait du bien

Points négatifs

  • Aucun

Call me by your name est simplement un chef d'œuvre. Le dernier plan dévastateur du film, ce plan fixe de sept minutes sur le visage d'Elio, clôt l'histoire sur une note agonisante ; on sent que Chalamet y a mis toute son âme, si bien qu'on ne peut détacher notre regard de ce plan, jusqu'à la dernière seconde. Et si vous pleurez à la fin du film, ça ne sera pas parce qu'un personnage meurt ou est battu à mort (pour une fois), mais ce sera parce ce film vous aura rappelé la dure réalité de ce qu'est un premier chagrin amour dans toute sa peine, sa beauté, sa souffrance et sa joie.

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